6.12.09
Analyse 25 (2009)
STRASBOURG, le 06 décembre 2009
cpjmo@yahoo.fr
Quel bilan pour Obama?
Le prix Nobel de la Paix a choisi l’affrontement avec l’Iran et l’intensification de la guerre en Afghanistan : ce sera pire que le Vietnam. Avec l’Iran, Obama a essuyé son premier échec diplomatique.
Avec le temps, B. Obama montre qu’il est avant tout le gardien zélé de l’héritage de Georges Bush. C’est ce qui ressort de ses propos- «il faut finir le travail»- et de sa décision d’intensifier la guerre d’Afghanistan, en y expédiant 30 000 militaires supplémentaires. Actuellement, les États-Unis déploient 69 000 militaires en Afghanistan. Ses alliés de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) y regroupent 39 000 soldats.
L'Afghanistan est devenu comme une sorte d’«auberge espagnole». On y trouve des militaires canadiens, hollandais, italiens, français, britanniques, slovaques, géorgiens, Sud coréens,… chaque contingent ayant ses propres traditions militaires et culturelles, ne maitrisant pas forcément la culture militaire- ou la culture tout court- et la langue des militaires américains.
Dans une armée, l’obéissance aveugle aux gradés supérieurs- la discipline- maintient la cohésion. De même, la suprématie des Etats-Unis impose la discipline- la soumission- aux forces alliées. Acceptent-elles une telle soumission sans broncher? Déjà, au sein de l’armée américaine, les suicides et les coups de folie meurtriers se multiplient. Qu’en est-il vraiment des relations entre militaires américains et alliés? Silence radio.
La question est de savoir si une telle armada internationale, constituée de militaires se trouvant souvent à des milliers de kilomètres de chez eux, ne sachant souvent pas pourquoi et pour qui ils se battent, pourra être efficace face à un peuple qui se bat pour son indépendance, sa souveraineté territoriale et politique?
Face à la résistance afghane, on trouve un gouvernement mis en place par des puissances étrangères, dirigé par Hamid Karzaï et sa clique de corrompus, chargés– c’est un comble !- de combattre la corruption. Côté envahisseurs, l’armada est dirigée par le général McChrystal, accusé d’avoir supervisé des séances de torture et des violations des droits de l’homme sous la présidence de Bush, lorsqu’il était affecté au camp Nama en Irak, en tant que commandant des forces spéciales (Courrier international N° 989 du 15 au 21 octobre 2009).
Les militaires français parlent désormais de la franche hostilité des Afghans, de la perte de la bataille pour le «cœur et les esprits». Les puissances occidentales vont continuer à s’endetter, remplir les caisses du complexe militaro-industriel, des sociétés privées de mercenaires et des milieux financiers associés, appauvrir la population qui gronde de plus en plus et qui risque fort de descendre dans la rue pour réclamer de meilleures conditions de vie.
En décidant d’envoyer 30 000 renforts supplémentaires en Afghanistan, B. Obama a définitivement rompu avec son image d’homme de paix dont il était auréolé avant son élection. Il est actuellement soutenu par 60% des républicains qui pensent que la guerre mérite d’être menée. C’est une nouvelle victoire des va t’en guerre du Pentagone, représenté par le ministre de la défense Robert Gates.
La logique qui a conduit à la chute des anciennes puissances coloniales (britannique et française) est depuis longtemps enclenchée pour les États-Unis. Il arrive un moment où les dépenses de guerre ne sont plus couvertes par les gains issus de l’exploitation des colonies. Selon le Pentagone, l’expédition afghane coûte un million de dollars par soldat et par an (Le Monde du 02/12/09). Ce qui représente 100 milliards de dollars par an pour une armée de cent milles hommes. A cela, il faut rajouter les dépenses colossales engagées pour colmater les brèches de la crise économique et le déficit américain qui, pour 2010, devrait atteindre 1500 milliards de dollars, soit plus de 10% du PIB.
L'Afghanistan ne sera pas un nouveau Vietnam: ce sera pire. Il annonce l’accélération de la chute de l’Empire maléfique.
La guerre américaine en Afghanistan fait partie de la stratégie des États-Unis de domination planétaire; elle est étroitement liée aux conflits palestinien, libanais et aux tensions dominant dans les relations entre l’Iran et les États-Unis.
Avec l’Iran, l’administration Obama a essuyé son premier échec diplomatique. En effet, face aux difficultés des États-Unis, l’Iran défie constamment les Américains, refuse de plier l’échine, conserve son uranium enrichi et entretient le flou sur son projet nucléaire. L'Iran se déclare même prêt à un affrontement militaire avec les Etats-Unis, empêtrés dans deux guerres dévastatrices au Moyen-Orient et en Asie centrale.
Nous voyons bien que la politique américaine à l’égard de l’Iran n’a pas changé. La position géostratégique de l’Iran, ses richesses naturelles et son marché font saliver les stratèges américains. L'Iran cherche-t-il à négocier l’étendue de son influence en Afghanistan, comme il le fait en Irak? C’est une grande raison de friction entre l’Occident (les États-Unis et leurs alliés européens) et l’Iran.
Israël, insensible à la colère qui enfle chez les Palestiniens et les anticolonialistes, développe toujours sa colonisation en Cisjordanie. Les rodomontades des Occidentaux ne trompent personne. Tout le monde sait que les Etats-Unis et leurs alliés israélien et européen, foncent tête baissée et essaient de forcer les obstacles à coup de pression militaire et de menaces en tout genre. Les États-Unis ne veulent pas céder un pouce de leur zone d’influence. C’est aux autres (Palestiniens, Iraniens, Syriens, etc.) de faire davantage de concessions.
Parlant de fiasco, l’éditorialiste du journal Le Monde du 13 novembre 2009 écrit : «Au Proche-Orient, il n’y a pas de «processus» de négociation en cours. Il n’y a pas non plus de perspective de paix. La situation régresse. Dangereusement. C’est d’abord le fait des États-Unis». L’éditorialiste conclut poliment: «Le prix Nobel de la paix 2009 est-il à la hauteur?».
Combien de temps tiendra-t-il cette position intransigeante? Que se passera-t-il si la situation changeait radicalement en faveur des forces anticolonialistes? Qui perdra le plus en cas d’une nouvelle déflagration au Moyen-Orient? Ces questions sont sûrement posées et discutées dans les bureaux et couloirs des chancelleries.
Les États-Unis, leur allié israélien et les anticolonialistes, se regardent en chiens de faïence. Cette position de ni guerre, ni paix ne durera pas longtemps.
Il y a de fortes chances que l’Iran et les Etats-Unis arrivent à s’entendre sur l’Afghanistan. Ça n’empêche, le compte à rebours de la première déflagration de l’époque Obama au Moyen-Orient est enclenché.
1.11.09
Analyse 24 (2009)
Paix et Justice au Moyen-Orient
STRASBOURG, le 1er novembre 2009
Pourquoi l’Occident cherche-t-il à désarmer l’Iran?
L'Occident, mené par les États-Unis, s’arrogeant, de surcroit, le titre pompeux de «communauté internationale», n’a qu’une idée en tête: désarmer l’Iran. En effet, arracher 1200 kg d’uranium enrichi à 3,5%, parfait «colis» de dissuasion, équivaut, ni plus ni moins, à un début de désarmement.
Certes, ce désarmement n’a rien à voir avec celui de Saddam Hussein, qui a conduit à l’invasion de l’Irak. Mais, un désarmement a toujours des conséquences néfastes sur les intérêts nationaux et sur ceux géostratégiques du pays.
Souvenons-nous que l’Iran, situé au cœur du Moyen-Orient, dans une zone de grande turbulence, a été agressé à plusieurs reprises par les Empires russe, britannique, soviétique et américain. Ce dernier avait fomenté un coup d’état en 1953, renversant le Dr. Mossadegh et ramenant sur le trône le Chah déchu.
Après la victoire de la révolution de 1979, l’Iran a été agressé par l’armée irakienne soutenue par l’Occident, y compris la Russie. Ils ont fourni des armes et des munitions des plus sophistiquées à l’armée irakienne qui a pilonné sans répit, pendant huit ans, les villes et les infrastructures de l’Iran. L’aviation irakienne était principalement équipée de matériel russe et français.
Pour imposer la fin de la guerre, nuisible à la circulation dans le Golfe persique, un avion d’Iran-Air, avec plus d’une centaine de passagers civils à bord, fut abattu par la marine américaine au-dessus du Golfe persique.
L’invasion de l’Irak, puis de l’Afghanistan devait se poursuivre par celle de l’Iran, tâche cependant considérée très difficile par l’état major de l’armée américaine, enlisée, affaiblie et discréditée en Irak.
Ce fut l’occasion pour l’Iran de renforcer son potentiel militaire, ses réseaux d’influence dans la région et fabriquer des centrifugeuses. Les missiles iraniens ont montré leur efficacité lors de la guerre du Liban à l’été 2006, au cours de laquelle, la résistance libanaise a fait mordre la poussière à Tsahal. Depuis, le développement de l’arsenal balistique iranien, décrié en Occident, est évalué en fonction de sa portée pour atteindre, entre autres, la centaine de bases militaires américaines au Moyen-Orient et en Asie centrale, qui encerclent l’Iran.
Le comble de l’hystérie anti-iranienne fut atteint lorsque les États-Unis autorisèrent la France à installer une base militaire à Abou Dhabi, à 250 km au sud de l’Iran.
Au fur et à mesure du redressement de la situation en faveur de l’Iran et de la résistance anticolonialiste de la région, les Américains modifièrent leur comportement, acceptant le rôle joué par l’Iran qui, à son tour- et suite à une entente avec eux- calma l’ardeur de ses partisans irakiens. Ceci permit à l’armée américaine de commencer à rapatrier d’Irak une partie de ses militaires.
Faut-il rappeler qu’une entente entre deux puissances ressemble à un marché où règne la loi du donnant-donnant.
La puissance militaire iranienne, ses missiles, ses centrifugeuses et son influence régionale sont des moyens de pression qui permettent à l’Iran de contrer l’agressivité de ses adversaires, d’empêcher l’invasion de son territoire et d’arracher un maximum de concessions lors des pourparlers.
A leur tour, les puissances occidentales regardent d’un mauvais œil le progrès accompli par leurs adversaires. Le jour où l’Union soviétique voulut développer le nucléaire militaire, les États-Unis la menacèrent d’un bombardement nucléaire. Un vaste mouvement mondial pour la paix empêcha les États-Unis, alors uniques détenteurs de l’arme nucléaire, de passer à l’action.
L’Iran se trouve dans la même situation que l’Union soviétique avant l’acquisition de l’arme nucléaire. Avec cette différence que, possédant des réseaux depuis les frontières chinoises jusqu’à la Méditerranée, l’Iran est en mesure de se défendre et de monnayer au prix fort sa collaboration.
Désarmer l’Iran, ou simplement empêcher le développement de son potentiel militaire, permettrait à l’Occident de parler en position de force avec l’Iran, de réduire ses prétentions de puissance régionale, de le «pakistaniser», c’est-à-dire le transformer en pion au service des intérêts géostratégiques de l’Occident, en particulier les États-Unis.
Sortir d’Iran l’uranium enrichi est un premier pas dans le complot occidental consistant à affaiblir l’Iran, sa souveraineté politique, sa souveraineté territoriale, son influence régionale et les mouvements anticolonialistes d’Orient.
Certes, le pouvoir théocratique iranien est sorti affaibli suite à l’élection présidentielle qui a reconduit pour quatre ans le bail d’Ahmadinejad. Le mouvement de contestation ne faiblit pas en Iran. Le clergé chiite et les fondamentalistes au pouvoir sont divisés. L’Occident sait bien qu’il est difficile au pouvoir iranien de se battre sur plusieurs fronts, intérieurs et extérieur. C’est pourquoi, pour arracher des concessions, l’Occident exerce des pressions de plus en plus fortes sur le pouvoir iranien, falsifie le compte-rendu des pourparlers, en se targuant à tort de la disponibilité des négociateurs à accepter les conditions posées par les puissances occidentales. Ceci, dans le but de diviser davantage la classe politique iranienne, pourtant réputée bonne «joueuse d’échecs»!
Mais, les Iraniens nationalistes et sourcilleux quant à l’indépendance du pays, ainsi que l’opposition, veillent. Le pouvoir iranien, aussi contestable soit-il, a montré qu’il est conscient de l’immensité des enjeux et qu’il n’est pas prêt à plier l’échine devant la pression occidentale.
La situation se dégrade de plus en plus en Afghanistan et au Pakistan. Le front s’élargit chaque jour et les Américains ont énormément besoin de l’influence iranienne pour «pacifier» leur zone d’influence en Asie centrale.
Faut-il rappeler que les États-Unis n’ont pas les mêmes intérêts stratégiques que l’Union européenne ou Israël, traités comme des pions. Ils doivent s’adapter à la stratégie américaine.
En effet, les États-Unis cherchent un compromis avec l’Iran, qui n'y rechigne pas, non plus. L’entente en Irak peut servir de modèle pour trouver un compromis en Afghanistan, «pièce» Ô combien stratégique, aux confins de quatre puissances mondiales et régionales: la Russie, la Chine, l’Inde et l’Iran. La suprématie planétaire des États-Unis en dépend. Autrement dit, l’Iran doit aider les États-Unis à perpétuer sa domination mondiale. Quelle «honte» pour l’Iran «anti-impérialiste» et pour les États-Unis, la plus grande puissance économique et militaire. C’est de la géopolitique!
La recherche de compromis va de pair avec les «moyens de pression». Donc tous les coups sont permis. L’uranium enrichi à 3,5% en fait partie.