22.5.07

Communiqué n° 35

Paix et Justice au Moyen-Orient
STRASBOURG, le 22 mai 2007

cpjmo@yahoo.fr

Edition spéciale

Moyen-Orient, Palestine:
Le vent tourne

Depuis le 11 mai, des «combats fratricides» font rage à Gaza. D’aucuns pensent que ces combats résultent de «calculs imbéciles» (éditorial du Monde du 18 mai 2007).

Certes, face à l’ennemi sioniste qui fait saigner la Palestine à blanc ; face à une «communauté internationale» plus que complaisante à l’égard d’Israël et de ses attaques incessantes contre les civils aussi bien que contre les infrastructures palestiniennes; bref, face aux velléités occidentales pour étouffer dans l’œuf toute possibilité de création d’un Etat palestinien, on serait tenté de souhaiter la paix entre fractions armées. Or la question que l’on ne se pose pas c’est de savoir pourquoi le Hamas, le mouvement de résistance islamique, a pris une importance telle qu’il met en danger l’existence même du Fatah, qui a tant fait pour la Palestine et la dignité des Palestiniens? Force est de constater que la naissance et la montée en puissance du Hamas traduit l’incurie et l’incapacité du Fatah et de ses soutiens internationaux qui n’ont pas voulu répondre aux aspirations légitimes du peuple palestinien. L’Occident et Israël ne veulent pas d’un Etat palestinien. Ils veulent d’un territoire sous contrôle, d’une sorte de bantoustan sous perfusion, dépendant des ONG occidentales, statut accepté par une partie du Fatah de Mahmoud Abbas mais que refuse les Palestiniens.

Il faut souligner que le Fatah de Mahmoud Abbas n’a pas les mêmes objectifs que le Fatah de Yasser Arafat. Ce dernier, partisan sans concession de la création d’un Etat palestinien, a été marginalisé, humilié dans son QG de Ramallah par l’armée israélienne, soutenue par les colonialistes américains qui songeaient à étendre la domination sans partage des Etats-Unis à tout le «Grand Moyen-Orient». Après la mort de Yasser Arafat et l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Abbas, plus conciliant avec Israël, l’Occident a cru pouvoir atteindre ses objectifs de «bantoustanisation» de la Palestine. C’est sans compter avec la volonté du peuple palestinien, avide de sa souveraineté et de son Etat. La montée en puissance du Hamas répond à l’attente historique des Palestiniens, attente qui tarde à se concrétiser.

L’accord de la Mecque du 8 février 2006 entre le Fatah et le Hamas pour former un gouvernement d’union nationale, avait fait naître, auprès des Palestiniens, hantés par la peur de la guerre civile, l’espoir d’une paix durable. C’était oublier que la situation en Palestine se doit d’être analysée dans le cadre des rapports de force aussi bien à l’échelle internationale qu’à l’échelle régionale. L’accord de la Mecque n’a marqué qu’un répit, dans la longue guerre menée par les Etats-Unis pour dominer la région. Sitôt l’accord conclu, les Etats-Unis ont entrepris le renforcement de l’appareil militaire du Fatah : «Le congrès des Etats-Unis a débloqué, mardi 10 avril, l’attribution d’une aide de 59,8 millions de dollars (45 millions d’euros) aux forces loyales au chef de l’Autorité palestinienne, explicitement destinée à lui permettre de renforcer sa position face au mouvement de la résistance islamique (Hamas)», écrivait Sylvain Cypel, Le Monde du 12 avril 2007.

En effet, les nuages s’amoncellent au-dessus des Etats-Unis. Rien ne va plus en Irak. Acculés, les Américains dialoguent officiellement avec l’Iran, leur ennemi juré, qui tient tête à l’Occident. Nancy Pelosi, le chef du Parlement américain s’est entretenu en Syrie avec Bachar Al- Assad. De son côté, la Russie contre-attaque et Poutine, président russe, s’en prend aux Etats-Unis en évoquant «des Etats aux prétentions à l’hégémonie mondiale» comme à «l’époque du troisième Reich» (Le Monde du 17 mai 2007).

Autrement dit, les Etats-Unis ne font plus peur. Selon l’ancien ministre israélien Yossi Beilin: «L’aggravation du conflit au Moyen-Orient est le symbole éclatant de l’affaiblissement de la puissance américaine». Les rapports de force évoluent lentement, mais sûrement, en faveur des forces anticolonialistes. C’est sous cet aspect qu’il faut analyser les bombardements des forces du Hamas par l’aviation israélienne, soutien on ne peut plus clair au Fatah.

Tout porte à croire que les combats entre le Fatah et le Hamas continueront jusqu’à la victoire finale de ce dernier. Les éventuelles trêves ne serviront qu’à la réorganisation des forces en présence. Cette lutte s’inscrit dans le cadre de la «quatrième offensive de l’Histoire moderne» développée dans le communiqué n°33 du 13 mai 2007.

Actuellement, un combat a lieu entre un camp de réfugiés palestiniens dans le nord du Liban et l’armée libanaise. Malgré des «informations» émanant de sources officielles contrôlées par les colonialistes et leurs suppôts, faut-il y voir un lien avec le combat qui oppose le Fatah au Hamas? S’agit-il d’un mouvement de révolte des Palestiniens qui risque de s’étendre à tous les camps de réfugiés?

L’instabilité régionale, liée à l’ingérence des colonialistes anglo-américains au Moyen-Orient, continuera et s’accentuera avec l’affaiblissement des Etats-Unis et de leur allié israélien, suivi du renforcement de l’Iran, de la Syrie, des mouvements de la résistance anticolonialiste en Irak, en Palestine, en Afghanistan, au Liban et l’approche des élections présidentielles américaines en novembre 2008.

La défaite soviétique en Afghanistan s’est traduite par l’écroulement de l’Union soviétique. Allons-nous être témoins de l’écroulement de l’Empire américain suite à sa défaite en Irak?

19.5.07

Communiqué n° 34 (le 20 mai 2007). Que se passe-t-il au Moyen-Orient et en Iran ? Réponse à Alain Gresh (Le Monde Diplomatique)

Paix et Justice au Moyen-Orient STRASBOURG, le 20 mai 2007

cpjmo@yahoo.fr

Réponse à Alain Gresh (Le Monde Diplomatique)

Que se passe-t-il

au Moyen-Orient et en Iran ?

Que se passe-t-il entre les États-Unis et l’Iran? Est-il vrai que, selon l’éditorial, signé Alain Gresh, de «Manière de voir» de juin-juillet 2007, le «compte à rebours» a commencé pour l’Iran ?

L’éditorialiste base son analyse sur deux faits:

1- Les «gestes d’ouverture» de l’Iran (en 2002 et en 2003) furent purement et simplement balayés par les Etats-Unis et

2- La «diabolisation de l’Iran» s’inscrit dans la vision de G.W.Bush d’une «troisième guerre mondiale» contre le «fascisme islamique».

Il est vrai que les Etats-Unis de G.W.Bush ne connaissent qu’un seul langage, celui du rapport de force militaire. Dans le langage diplomatique, les «gestes d’ouverture», s’ils ne sont pas accompagnés d’un rapport de force militaire adéquat, sont autant de signes de faiblesse de l’adversaire. C’est pourquoi, l’Iran essaie d’étendre et de consolider son réseau d’influence régional et de renforcer son potentiel militaire (balistique et autres) afin de parler en position de force.

Il est également vrai que la «diabolisation» fait partie de l’arsenal de guerre psychologique. Si l’Iran est «diabolisé» en Occident, les américano-britanniques le sont tout autant, sinon plus, en Orient, où ce couple de colonialistes occidentaux, synonymes de brutalité, de barbarie et de violence est également l’objet de guerre psychologique.

Dans cette analyse, l’éditorialiste sort purement et simplement l’Iran et les Etats-Unis de leur contexte historique et géopolitique régional et mondial. L’analyse donne beaucoup d’importance à la «toute puissance» de l’armée américaine dont «les troupes campent en Irak et en Afghanistan, et l’Iran est enserré dans un réseau dense de bases militaires étrangères».

Sans vouloir minimiser la puissance militaire américaine, force est de constater que l’éditorialiste «oublie» l’enlisement de la plus puissante armée du monde dans le bourbier irakien. L’envoi de troupes supplémentaires en Irak, contesté par les Chambres du congrès américain, est l’aveu même de l’état lamentable d’une armée démoralisée, incapable de s’imposer face à une guérilla de plus en plus offensive et téméraire, défiant les États-Unis dans leur fief ultra protégé de la «zone verte». Lâchés par leurs alliés, les Américains reconnaissent même que la guerre d’Irak est déjà perdue. La guerre est désormais qualifiée d’«illégitime» et la question qui se pose actuellement aux Américains est d’établir un calendrier de retrait des troupes. Humiliant, non?

Le même phénomène s’observe en Afghanistan où l’acceptation de l’échec des armées occidentales (pas seulement que de l’armée américaine) fait son chemin. Signe des temps, le chaos n’épargne plus le Pakistan, dont le régime est dévoué aux colonialistes américains, et qui s’enfonce dans la crise politique. L’éditorial du Monde du 15 mai 2007 est édifiant : «Le Pakistan en danger»! Non seulement le Pakistan, mais tous les régimes proaméricains en Orient sont de plus en plus contestés et, ce n’est un secret pour personne, ils sont assis sur un volcan.

Depuis le 7 novembre 2006, date des élections à mi- mandat, une époque est révolue, celle où l’Occident mené par les Etats-Unis, était à l’offensive : «Reconquêtes» de l’Europe de l’Est, suivie de conquête de la Géorgie et de l’Ukraine. Puis l’installation de bases militaires en Asie centrale et le projet de bases de missiles antimissiles en Pologne et en république Tchèque. Après avoir «avalé des couleuvres», la Russie, refusant son humiliation, sort la hache de guerre. Certains n’hésitent pas à parler d’une ambiance de «guerre froide». En effet les sujets de contentieux ne manquent pas : Le Kosovo, la Géorgie, l’Ukraine (où Victor Ianoukovitch, allié de Moscou, passe à l’offensive), le gaz du Turkménistan et les réseaux de missiles antimissiles, etc. La Russie contre- attaque car les Etats-Unis sont en grande difficulté.

Les élections à mi-mandat du 7 novembre 2006 ont sanctionné la politique de l’administration de G.W.Bush, exigeant une nouvelle politique, dont les conférences de Bagdad et de Charm el- Cheik, en présence de l’Iran et de la Syrie, représentent des moments forts. Les Etats-Unis ont même annoncé des discussions directes avec l’Iran. N’est-ce pas reconnaître leur échec en Irak? Et reconnaître explicitement le rôle de puissance régionale de l’Iran? Les Américains, s’ils étaient encore en position de force, auraient-ils proposé de dialoguer avec l’Iran? Comment pourraient-ils attaquer l’Iran s’ils demandent son soutien pour «rétablir la sécurité» en Irak?

Dans un tel climat, régional et international, défavorable aux Américains, le «compte à rebours» militaire ne marchera pas, d’autant plus que la réaction de l’Iran, armé de missiles, pourrait conduire à «une catastrophe», au blocage du Détroit d’Ormuz par où transitent près de 14 millions de barils de pétrole par jour, sans parler d’autres marchandises, indispensables aux marchés des «pays amis» des Etats-Unis dans le Golfe persique. Les milieux financiers américains, non liés à l’industrie militaro- pétrolière, seraient- ils prêts à supporter une nouvelle aventure militaire, néfaste à l’image et à l’économie des Etats-Unis dans le monde? L’analyse du «compte à rebours» convenait à la période d’avant le 07 novembre 2007, époque où l’«unilatéralisme» bushien dictait sa loi. «Le monde multipolaire se développe sans nous demander notre avis et sans correspondre à notre schéma! (…) Les pays émergeants peuvent nouer des liens entre eux, en se passant des Européens et même des Etats-Unis.» (Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères- Le Monde du 22-23/04/07).

Il est vrai que l’aide aux mouvements armés à base ethnique- Azéri, Baloutche, Arabe, Kurde- fait partie des panoplies de complots des puissances étrangères qui ont toujours voulu décomposer l’Iran. Les Iraniens ont l’habitude de l’ingérence étrangère et y sont préparés. Après la deuxième guerre mondiale, les Soviétiques ont même créé des «républiques soviétiques» fantoches azéri et kurde, qui se sont effondrées après le départ des Soviétiques. Le «nationalisme iranien» a toujours servi de ciment à la cohésion nationale et la collusion avec l’«ennemi étranger» a toujours été fatale aux opposants imprudents.

Il reste l’embargo économique et technologique de l’Occident. Il est à souligner qu’aucun système, même cubain, ne s’est effondré suite à l’embargo économique. Le monde entier exporte vers l’Iran, via les Emirats arabes unis, qui sont devenus les premiers partenaires économiques de l’Iran avec des échanges commerciaux d’environ 11 milliards USD en 2006. Pourtant, il ne faut pas sous-estimer les effets néfastes d’un embargo économique sur le développement de l’Iran. Ce pays a décidé de rationner l’essence à partir du premier Khordad (21 mai). L’argent manque à l’industrie civile, car la recherche et l’industrie militaires absorbent une part importante des investissements.