1.3.08

Analyse 7

Paix et Justice au Moyen-Orient

STRASBOURG, le 02 mars 2008

cpjmo@yahoo.fr

Après la Serbie,

assiste-t-on à la partition de l’Irak?


La marche millénaire de l’Histoire a conduit à la réunification de différentes ethnies au sein d’une même entité nommée nation, dont l’unité n’efface toutefois pas les différences initiales. Avec le temps, celles-ci peuvent faire place à plus d’homogénéité ou, au contraire, s’accentuer.

De tout temps, les empires ont eu la fâcheuse tendance d’exacerber les tensions au sein des sociétés hostiles, dans le but de les fragiliser, voire de renverser leurs états, afin de les remplacer par des régimes «amis» ou de modifier leurs frontières. Dans le langage anglo-saxon, ce processus est appelé «state building», «construction d’Etat». Il en va ainsi de l’Afghanistan, de l’ex-Yougoslavie, de la Serbie et de l’Irak.

Voici ce que nous avions écrit sur le Kosovo et le Kurdistan, dans le communiqué 58, daté du 28 octobre 2007:

«Le Kosovo et le Kurdistan sont des régions qui ont souffert- qui souffrent encore- de discriminations d’ordre culturel et économique de la part du pouvoir central. Sur le plan linguistique et culturel, les autorités turques commencent à peine à accepter la spécificité kurde. Le Kurdistan, qu’il soit turc, irakien ou iranien, est une région sous développée, une sorte de punition imposée à ce peuple fier et insoumis qui combat l’injustice séculaire, soit pacifiquement, quand l’occasion s’y prête, soit les armes à la main.

Intéressés par les mouvements populaires dans le monde, les colonialistes regardent avec «compassion» les mouvements de résistance kurde et kosovar. C’est en s’appuyant sur le puissant mouvement de contestation kosovar que l’Occident, conduit par les Américains, a «sensibilisé» l’opinion publique, avant de décomposer la Serbie, soutenue par les Russes, dans les Balkans.

Afin de transformer le Kosovo en une sorte de grande base militaire au cœur des Balkans, entièrement vouée aux intérêts des pays occidentaux, ces derniers manoeuvrent aux Nations Unies afin de lui accorder l’«indépendance».

Petit pays sans défense et entouré de pays hostiles et puissants, le Kosovo dépendrait entièrement, pour sa survie, des Etats-Unis et des colonialistes européens, qui n’hésiteraient pas à l’utiliser comme base de lancement d’opérations militaires et «humanitaires» pour régner en maître dans les Balkans et ses environs.

Comme le Kosovo, le Kurdistan irakien est traité de «territoire autonome», avec «un gouvernement régional autonome», disposant d’une armée de 100 000 peshmergas. C’est qu’après la décomposition de l’ex-Yougoslavie, puis de la Serbie, l’heure est à la décomposition de l’Irak.

Le Kurdistan, n’étant pas le Kosovo, la question est de savoir si le plan de dépeçage appliqué avec succès dans les Balkans, peut fonctionner aux frontières de pays hautement stratégiques comme la Turquie, l’Iran et l’Irak? En effet, la transformation du Kurdistan irakien en «région autonome» constituerait le premier pas vers la création du «Grand Kurdistan», pays «indépendant», de fait dépendant des Etats-Unis, englobant le Kurdistan turc et le Kurdistan iranien.»

Quoi que dit la propagande turque, la récente incursion de l’armée turque a pour principal objectif empêcher la création d’un Kurdistan indépendant. Projet opposé au plan initial de remodelage de la région par l’administration Bush, affaiblie.

La question est de savoir: «quelles sont les limites de l’unité d’action entre l’Iran et la Turquie? Successeurs des Empires Perse et Ottoman, puissances rivales, les deux pays ont livré, au cours de l’Histoire, plusieurs batailles dont l’enjeu était la Mésopotamie. S’ils sont d’accord pour combattre la sédition kurde, l’Iran voit d’un mauvais œil la présence massive de l’armée turque, alliée des Etats-Unis, au Kurdistan irakien, à l’ouest de ses frontières: Où s’arrêtera l’armée turque? Qu’en sera-t-il du champ pétrolifère de Kirkuk?» (Communiqué 59 du 04 novembre 2007).

Si l’on en croit les déclarations turques, quelque 100 000 soldats ont été massés à la frontière nord de l’Irak pour combattre 4000 insurgés du PKK!

La question se pose: soit l’armée turque est tellement faible qu’elle est obligée de mobiliser plus de 100 000 soldats pour venir à bout de 4000 insurgés; ce qui revient à dire que ceux-ci, malgré leur faible nombre, sont bien armés, entraînés et très puissants. Ou bien, il s’agit d’un mensonge. C’est l’hypothèse la plus probable.

L’incursion turque intervient avant le référendum sur la ville pétrolifère Kirkuk, revendiquée par les Kurdes. Tout porte à croire que l’objectif des Turcs est de pousser le «gouvernement autonome kurde» à entrer dans la bataille. De son côté, l’Iran a annoncé le renforcement des mesures de sécurité sur sa frontière avec le nord de l’Irak (Le Monde du 26/02/08). Le piège se referme-t-il sur les combattants kurdes et leur «gouvernement autonome»?

L’actuelle incursion turque se fait, tout d’abord, au détriment de l’unité de l’Irak. Si, par l’intermédiaire des milices chiites et d’hommes politiques inféodés, l’Iran s’assure une influence au sud et au centre de l’Irak, le nord du pays voit s’étendre l’influence militaire turque. De deux choses l’une: soit le «gouvernement autonome kurde» finira par entrer en guerre et, dans ce cas, se trouvera face à la puissante armée turque ou le dit «gouvernement» perdra de son autonomie pour tomber, peu à peu, dans l’escarcelle de l’autorité militaire turque.

Une dernière question: y a-t-il une entente secrète entre les Etats-Unis et les puissants voisins de l’Irak sur la partition de ce pays? Les faits nous poussent à répondre positivement à la question.

La partition de l’Irak devrait clore le règne de George Bush qui avait commencé avec la dislocation de l’Empire russe (marquée par la mainmise de l’Occident sur la Géorgie et l’Ukraine, l’installation de bases militaires en Asie centrale), la partition de la Grande Serbie (marquée par la création de deux nouveau pays: le Monténégro et le Kosovo) et la partition de la Palestine. La période Bush se caractérise par la décomposition des Etats faibles par l’Occident.

Une note d’optimisme: l’administration Bush a échoué à provoquer la guerre civile au Liban, voire à décomposer ce dernier. Par leur politique brutale, les Américains ont poussé à la radicalisation des mouvements d’émancipation dans les pays arabo- musulmans, conduisant à l’enlisement des troupes de l’OTAN en Afghanistan. Le Pakistan bascule, à son tour, dans la résistance et les récentes élections ne permettront pas de sauver le gouvernement du dictateur Musharraf, ni son opposition corrompue, quoique vainqueur au scrutin. Le Hamas et le Hezbollah sont toujours là, de plus en plus puissants. L’Iran et la Syrie gagnent en audience et deviennent incontournables. La résistance irakienne n’a pas dit son dernier mot.

George Bush s’en ira bientôt, avec sa politique de «chaos constructif». Ses successeurs potentiels se démarquent de sa politique et héritent d’une aventure colonialiste coûteuse et discréditée.

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