11.3.07

Communiqué n° 24

Paix et Justice au Moyen- Orient
STRASBOURG le 11 mars 2007
cpjmo@yahoo.fr

Manœuvres de division des
colonialistes au Moyen-Orient

L’Iran est particulièrement visé par les manœuvres de division des colonialistes américano-israéliens.

Le Moyen-Orient est une région très riche de sa diversité, de son histoire et de sa culture millénaire. Chaque pays de cette région, au carrefour du monde, est constitué d’une multitude d’ethnies et de religions. Selon les sociologues, c’est l’extrême vitalité historique de cette région qui a donné naissance aux trois religions monothéistes.

Les tensions ont toujours existé entres les diverses ethnies et adeptes de différentes religions, sans pour autant ébranler la cohésion millénaire de certaines contrées, caractérisées par une langue, une culture et une histoire communes, qui ont conduit, plus tard, à la formation de nations, au sens moderne du terme, comme la Turquie, l’Afghanistan, la Syrie ou le Liban.

L’apparition de la Grande- Bretagne en Asie centrale depuis 1809, a bouleversé la cohésion millénaire et pourtant fragile de cette région. Avant de quitter le sous-continent indien, la Grande- Bretagne avait encouragé la formation de deux pays sur une base purement religieuse, l’Inde et le Pakistan, ce dernier constitué en fait de deux pays, le Pakistan actuel et le Bangladesh, distants de deux milles kilomètres et unis simplement par l’islam. Faut-il rappeler que le Pakistan regroupe tous les «Indiens» de religion musulmane qui vouent une haine indescriptible aux indiens «impurs», donc non musulmans? Une haine et une division exacerbées et savamment encouragées par les colonialistes britanniques adeptes de la devise «diviser pour mieux régner»?

L’Histoire montre cependant que la politique colonialiste ne suit pas toujours la même logique.
Si l’intérêt des Britanniques a conduit au dépeçage du sous-continent indien en trois pays distincts (l’Inde, le Pakistan et le Bengladesh), une autre logique a conduit la Grande Bretagne à dessiner des pays comme l’Irak, le Koweït, l’Arabie saoudite, etc. dans les bureaux du Foreign office. L’Irak est, à ce titre, emblématique de la politique colonialiste qui avait réuni une mosaïque d’ethnies et de religions seulement grâce à la continuité territoriale. Avant de quitter l’Irak, les Britanniques avaient cédé le pouvoir aux sunnites arabes qui ne représentent que 20% de la population, alors que les chiites, ethniquement et politiquement hétérogènes, en constituent 60%.

Créé en 1747 et malgré ses multitudes d’ethnies, l’Afghanistan forme un pays avec toutes les caractéristiques qui lui sont propres: continuité territoriale, culture commune et langues de même origine indo-iranienne (Dari, persan, pachtoune, etc.). C’est en exacerbant les tensions interethniques que les Etats-Unis ont conquis l’Afghanistan dressant les Tadjiks, Ouzbeks et Hazaras contre les Pachtounes, ethnie majoritaire, formant traditionnellement la colonne vertébrale de l’Etat afghan. Ce qui a conduit les colonialistes américains à placer un Pachtoune servile, Hamid Karzai, à la tête de l’Etat afghan.

L’Iran, le plus vieux système politique du monde, n’est pas épargné par les tentatives de division des colonialistes. Pays centralisé depuis sa naissance il y a 25 siècles, l’Iran est constitué d’une multitude d’ethnies de mêmes origine, langue et culture. Contrairement à certains pays de la région, le pouvoir central en Iran n’est pas accaparé par une seule ethnie. Mais comme tout pays, il existe des régions qui sont moins développées (Kurdistan, Baloutchistan) que les autres. Ces régions, maillons faibles de l’Iran, sont visées par des manœuvres de déstabilisation américaines, britanniques et israéliennes. Lors de sa conférence du 25 février au Caire, Seymour Hersh, le célèbre journaliste du journal «The New Yorker» a révélé l’existence d’« opérations clandestines américaines menées en Iran mais aussi au Liban et en Syrie visant à déstabiliser l’Iran et à affaiblir le Hezbollah».

En Iran, les poètes, savants et héros originaires de Fars, d’Ispahan, de Khorasan et d’Azerbaïdjan constituent le ciment qui lie tout un peuple. Ils sont adulés et respectés par l’ensemble de la nation. Les héros nationaux modernes des Iraniens sont deux Azéris appelés Sattar Khan et Bagher Khan qui ont conduit la révolution constitutionnelle de 1906 à la victoire. Ils se sont battus contre la monarchie absolutiste de la dynastie des Kadjar, par ailleurs originaire d’Azerbaïdjan. Le mathématicien et poète qui a marqué l’Iran moderne est un autre Azéri appelé Professeur Hachtroudi. Les Azéris sont connus pour leur amour du pays et forment l’essentiel de l’armée nationale. Malgré toutes ces évidences, les colonialistes n’hésitent pas à opposer Perses et Azéris en créant de multiples «fronts de libération» azéris dont l’objectif serait la «libération» de l’Azerbaïdjan du «colonialisme» persan. Au dix-neuvième siècle la Russie tsariste, désireuse d’accéder aux «mers chaudes», avait réussi à arracher une partie de l’Azerbaïdjan iranien et l’Union soviétique avait essayé de parfaire l’œuvre des tsars en créant des «républiques soviétiques azéri et kurde» serviles, une espèce de «couloir» rapprochant la Russie du Golfe persique. La vigilance nationale et les conditions internationales aidant, les manœuvres de partition de l’Iran ont échoué.

Pour affaiblir le front intérieur iranien afin de faciliter la réussite d’une agression colonialiste en projet contre l’Iran qui leur résiste, les colonialistes américano-britanniques et israéliens reviennent à la charge et créent de toutes pièces des «fronts de libération» d’Ahwaz (chef lieu du Khouzistan, région pétrolifère), d’Azerbaïdjan ou du Kurdistan.

Il est à remarquer que les colonialistes et l’extrême droite européenne ont ceci de commun qu’ils «ethnicisent» les problèmes politiques: Français (patrons, ouvriers, salariés, commerçants,…) contre étrangers ; Alsaciens contre Parisiens; catholiques contre musulmans; chiites contre sunnites; indous contre musulmans, etc.

Sans vouloir minimiser les injustices sociales, les problèmes existentiels ou politiques dans un pays vaste comme l’Iran, il est important que les anti-colonialistes restent vigilants, ressoudent leurs rangs et ne se laissent pas entraîner, au nom des droits de l’homme amplement exploités par les colonialistes, dans des manœuvres de divisions ethniques ou religieuses qui favorisent les plans de domination américano-israéliens.

4.3.07

Communiqué n° 23

Paix et Justice au Moyen-Orient
STRASBOURG, le 4 mars 2007
cpjmo@yahoo.fr

Le chant du cygne de l’unilatéralisme

Quatre mois après les élections à mi-mandat (aux Etats-Unis) et à la surprise générale de tous les observateurs, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice a annoncé mardi 27 février la tenue d’une conférence internationale destinée à discuter des moyens de garantir la stabilité politique de l’Irak. L’Iran et la Syrie seront, en quelque sorte, les vedettes de cette conférence.

Premier constat: l’unilatéralisme a conduit les Etats-Unis et Israël dans l’impasse. La tenue de la conférence sur la stabilité en Irak c’est l’aveu implicite des Etats-Unis du fait que l’administration de G.W.Bush est source de chaos, d’insécurité, d’instabilité et qu’elle menace la paix mondiale en général et la paix du Moyen-Orient en particulier.

Deuxième constat et non des moindres : la reconnaissance explicite du rôle des acteurs régionaux, l’Iran et la Syrie, quant à leur capacité de garantir la stabilité et la sécurité du Moyen-Orient, surtout dans les zones les plus déstabilisées par l’intervention des américano-israéliens, la Palestine, le Liban et l’Irak. Cette conférence met en évidence le reflux de l’influence occidentale en général et américaine en particulier, au Moyen-Orient.

Ce début de virage est synonyme de victoire pour l’Iran qui, malgré les pressions de la «communauté internationale», au premier chef les Etats-Unis et l’Union européenne, a toujours refusé l’attitude «néocoloniale» et hautaine des occidentaux qui ne voulaient pas discuter avec l’Iran de la sécurité régionale avant la suspension de l’enrichissement de l’uranium. En effet, l’Iran participera à cette conférence sans avoir au préalable suspendu l’enrichissement.

Cette conférence est également la victoire de la Syrie qui se retrouve autour d’une table avec la France, l’ancien «gendarme» du Liban et qui l’avait boycottée. C’est également la victoire de la Russie qui, depuis longtemps, avait proposé en vain la tenue d’une conférence internationale sur l’Irak et le Moyen-Orient.

Finalement, ce virage confirme la montée en puissance de l’Orient et la naissance ou la renaissance de nouvelles puissances régionales et mondiales : la Russie, l’Iran et la Syrie.

Condoleezza Rice et son patron G.W.Bush ont appris à leurs dépens («on» leur a fait comprendre?) que leur obstination à ne pas reconnaître le changement de rapports de force qui est en cours au Moyen-Orient a conduit tout l’Occident et ses alliés dans une impasse. En effet, l’ère de l’unilatéralisme est révolue depuis longtemps et le monde multipolaire frappe à la porte. Selon le sénateur Harry Reid : «L’administration a raison de changer d’avis (…) Nous aurions dû faire cela il y a des années». Condoleezza Rice arrivera-t-elle à redresser la barre?

Il est à souligner que la «nouvelle initiative diplomatique» annoncée le mardi 27 février est une conséquence des marchandages et de l’évolution des rapports de force à Washington. Quelle sera l’ampleur du virage pris par l’administration de G.W.Bush? En effet, Condoleezza Rice est intervenue devant la commission des appropriations du Sénat pour défendre le supplément budgétaire de 3,2 milliards de dollars demandé pour l’Irak et l’Afghanistan (Le Monde du 1er mars 2007). Il s’agit sûrement d’un donnant-donnant qui régit les rapports entre le Congrès à majorité démocrate et la Maison Blanche. L’avenir dira si la «nouvelle initiative diplomatique» est un vrai changement de cap ou un simple effet d’annonce, un de plus pour satisfaire la base électorale du parti démocrate, majoritaire au congrès?

Quoi qu’il en soit, l’annonce même de la «nouvelle initiative diplomatique» et la convocation d’une conférence internationale le 10 mars en Irak sont, en elles-mêmes, un grand événement.

Il serait naïf de croire que les «choses» vont se régler rapidement. L’encerclement de la Russie suit son cours. Les porte-avions, sous marins nucléaires et autres navires de guerre américains sont toujours présents dans le Golfe persique et rien n’indique leur retrait. Par contre, afin d’exercer des pressions supplémentaires sur l’Iran et restreindre ses velléités de grande puissance régionale, les Etats-Unis risquent de renforcer leur potentiel militaire dans le Golfe. La répression des Palestiniens par l’armée israélienne continuera et d’autres colonies seront intégrées au territoire israélien. Le danger d’une grande guerre régionale reste toujours d’actualité. A leur tour l’Iran et la Syrie continueront de renforcer leur potentiel militaire. Même affaibli, le bras de fer de l’administration de G.W.Bush-Olmert avec le reste du monde continuera. La confiance fait cruellement défaut au Moyen-orient, car Bush et Olmert ont montré que le seul langage qu’ils comprennent est celui de l’agression, de la guerre et de la destruction.

Faut-il rappeler et insister sur le fait que l’accession de Mahmoud Ahmadinejad, représentant de l’aile radicale, rigide et très réactionnaire du clergé chiite, à la présidence de la république islamique d’Iran, la victoire du Hamas aux élections législatives palestiniennes, le renforcement des talibans en Afghanistan, sont autant de «réactions radicales» du Moyen-Orient à l’agressivité des américano-israéliens au Moyen-Orient? La tenue de la conférence internationale sur l’Irak sera perçue comme une victoire des radicaux islamistes en général et de la ligne prônée par Mahmoud Ahmadinejad en particulier.

Seul un changement à 180 degrés et définitif de la politique américaine, changement mené par des «hommes nouveaux», ouverts au dialogue, serait en mesure d’apaiser la tension dans cette région meurtrie et de sauver les meubles de l’Occident, très mal en point, dans la région.