16.6.07

Communiqué 39


Paix et Justice au Moyen-Orient

STRASBOURG, le 17 juin 2007

cpjmo@yahoo.fr

Palestine :

A mi-chemin de la construction d’un Etat

«Ils» voulaient (et veulent encore) remodeler le Moyen-Orient, l’organiser selon leurs intérêts stratégiques, créer une grande région soumise politiquement et économiquement sous la coupe de l’empire américain.

Six ans après l’accession de G.W.Bush à la tête de l’état le plus puissant qu’ait jamais connu l’humanité, les ravages de la politique conquérante de l’administration Bush sont là : après avoir dépensé plus de 500 milliards de dollars et perdu plus de 3500 militaires et assimilés en Irak, ce pays est toujours à feu et à sang. Echec après échec, toutes les politiques déjà testées ailleurs, et qui ont montré leur inefficacité, ont été (et sont) testées en Irak, en Afghanistan et en Palestine, avec les résultats que l’on sait. La dernière en date consiste à créer des auxiliaires locaux de maintien de l’ordre colonialiste ; ils sont composés de sunnites collaborateurs regroupés au sein d’un «conseil de salut d’Al-Anbar», dont une extension politique se nomme «Réveil d’Al-Anbar» qui a installé ses bureaux dans la «zone verte»! L’objectif du «Réveil d’Al-Anbar» est de combattre l’insurrection. La France, le Royaume uni et les Etats-Unis avaient déjà pratiqué cette politique en Algérie, en Malaisie et au…Vietnam.

Comme nous l’avons écrit dans le communiqué 20 du 20 février 2007 : «Les actions «antiterroristes» menées par les Etats-Unis au Moyen-Orient ont produit l’effet contraire : le renforcement des «islamistes» dans les pays arabo-musulmans du Moyen-orient et de l’Asie centrale (…). Du côté de la Palestine, les actions israéliennes s’inspirant de l’unilatéralisme américain (s’appuyer sur la force brute pour imposer sa politique coloniale et néo-coloniale, ne reconnaître aucun interlocuteur), ont produit l’effet contraire à celui recherché par Israël : le renforcement du Hamas».

Dans le communiqué 35, daté du 22 mai : «Moyen-Orient, Palestine : le vent tourne » nous avons écrit : «L’accord de la Mecque du 8 février 2006 entre le Fatah et le Hamas (…) n’a marqué qu’un répit, dans la longue guerre menée par les Etats-Unis pour dominer la région. Sitôt l’accord conclu, les Etats-Unis ont entrepris le renforcement de l’appareil militaire du Fatah (…). Tout porte à croire que les combats entre le Fatah et le Hamas continueront jusqu’à la victoire finale de ce dernier».

Depuis le jeudi 14 juin, la bande de Gaza est entièrement contrôlée par le Hamas. Mahmoud Abbas et son équipe, en voulant donner satisfaction à l’Occident, se sont mis hors jeu des aspirations historiques du peuple palestinien.

Tout porte à croire que Israël et la «communauté internationale» (Etats-Unis et Union européenne), mécontents de la défaite du Fatah, feront payer cher la victoire du Hamas aux habitants de la bande de Gaza.

Comme les Etats-Unis en Irak, Israël est engagé, en Palestine, dans une «guerre irrégulière», également nommée «guerre asymétrique», impliquant d’une part une armée régulière, de l’autre des éléments irréguliers ne représentant pas officiellement un Etat. «Le problème, en guerre irrégulière, n’est pas la victoire militaire pour les insurgés. Il est de rendre la victoire militaire impossible pour l’adversaire et de le lasser (…). Bref, une situation sans issue victorieuse» (Gérard CHALIAND- L’Amérique en guerre- Edition du Rocher).

On peut ne pas être d’accord avec l’idéologie médiévale du Hamas; mais sa victoire se confond avec celle du peuple palestinien qui, depuis 40 ans, est impliqué dans une «guerre asymétrique» contre l’armée israélienne: la première Intifada suivie de la reconnaissance internationale de l’OLP en tant que représentant du peuple palestinien, le retour d’exil de Yasser Arafat, la formation de l’Autorité palestinienne, la deuxième Intifada, le retrait israélien de la bande de Gaza et de quelques localités de Cisjordanie.

Actuellement, la radicalisation gagne les camps palestiniens du Liban et menace de s’étendre en Jordanie, dans les pays arabes du Golfe persique et en Egypte, où la corruption et la fraude électorale placent les fondamentalistes en position de force morale.

La construction d’un Etat palestinien requiert la libération de la bande de Gaza et celle de la Cisjordanie du joug du colonialiste israélien. Malgré le mur, les «check points» à profusion de l’armée israélienne et les colonies illégales, les Palestiniens ont montré qu’ils sont capables de conduire un conflit prolongé et arriveront à s’imposer un jour en Cisjordanie, comme ils l’ont fait dans la bande de Gaza. L’Etat palestinien finira par naître sur les cendres du colonialisme israélien.

3.6.07

Communiqué 37

Paix et Justice au Moyen-Orient
STRASBOURG, le 03 juin 2007

cpjmo@yahoo.fr

Moyen-Orient sous pression,

Liban sous tutelle

La guerre du Liban de juillet-août 2006 n’est pas terminée. Cette guerre, dont l’objectif affiché était de «briser la colonne vertébrale militaire du Hezbollah» afin de «changer la carte politique du Liban» n’a pas atteint ses objectifs.

Plus tard, l’évolution de la situation permit de constater que l’armée israélienne n’était qu’un simple exécutant du projet américain de créer le «nouveau Moyen-Orient». G.W.Bush alla jusqu’à déclarer que le Proche-Orient se trouvait à un «moment charnière de son histoire».

Malgré la destruction d’une grande partie des infrastructures du Liban par l’aviation, la marine et l’artillerie israéliennes, causant la mort de 1183 civils libanais, les appels à la cessation des hostilités étaient rejetés par l’administration Bush qui croyait pouvoir en finir avec la résistance libanaise. Un mois et demi après le déclenchement de la guerre, la crainte de l’enlisement de son armée, fragilisée par la résistance libanaise, poussa Israël ainsi que son parrain américain à accepter l’arrêt des combats.

Le Liban conserva sa souveraineté politique, bien qu’atteint dans son intégrité territoriale. Les fermes du Chebaa restent toujours occupées, les eaux de ses fleuves sont pompées par Israël, ses côtes sont «surveillées» par les marines israélienne et allemande, le Sud Liban est occupé par près de 15000 militaires venus du monde entier et son espace aérien est violé quotidiennement par l’aviation israélienne.

Il est vrai que le conflit au Moyen-Orient et surtout au Liban, jeune et petit pays dépourvu d’une armée digne de ce nom et enclavé entre la Syrie et Israël, prend immédiatement des proportions mondiales. La majorité, composée de riches hommes d’affaire, comme Hariri, liés aux milieux financiers internationaux, s’appuie sur l’Occident qui détient les rênes des finances mondiales ; alors que l’opposition, soucieuse de l’intégrité territoriale et de la souveraineté du Liban, s’appuie sur les forces anti-colonialistes du Moyen-Orient dont l’Iran et la Syrie. Il est d’usage de parler de «majorité pro-occidentale» ou d’«opposition prosyrienne».Sont-elles pour autant, l’une ou l’autre, vassalisées par l’Occident ou par la Syrie et l’Iran? Mise à part une petite frange de chaque camp, il est difficile aujourd’hui, de parler de la soumission desdits courants à l’Occident ou à la Syrie et l’Iran, et ce, malgré les tentatives présentes et à venir des soutiens étrangers de tel ou tel camp (majorité ou opposition) de vassaliser les courants politiques libanais, en commençant par les chef politiques et leur lieutenants.

C’est ce qui se passe actuellement au Liban. Lors de l’agression israélienne du Sud Liban, l’armée libanaise n’a opposé aucune résistance. C’est l’opposition qui s’est battue contre l’armée d’invasion israélienne. De ce fait, la notoriété de l’opposition patriote a augmenté auprès des Libanais. L’opposition réclame plus de pouvoir au sein du gouvernement, ce que la majorité refuse. C’est le blocage des institutions. Profitant de ce blocage, l’Occident, très exactement les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, s’engouffre dans la brèche pour tenter de mettre la main, une nouvelle fois, sur le Liban. L’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU, mercredi 30 mai, de la constitution du «tribunal Hariri» à caractère international, conduit à mettre le Liban sous tutelle des trois puissances occidentales. L’exemple de la Serbie, démembrée et réduite à sa portion congrue, par un «tribunal» à caractère international, montre l’efficacité d’un tel «tribunal». Le Liban suivra-t-il le même chemin que la Serbie?

Tout porte à croire que la majorité, affaiblie suite à la guerre de juillet-août et portée par l’affairisme, donc désintéressée de la souveraineté judiciaire et politique libanaise, applaudisse des deux mains la constitution du «tribunal Hariri». Elle voit dans ledit «tribunal» un «soutien international» non négligeable dans le bras de fer avec l’opposition. La majorité, consciente des enjeux judicaires et politiques du «tribunal», néfastes pour la souveraineté du Liban, préfère-t-il la soumission à l’Occident plutôt que la confrontation démocratique avec l’opposition?

L’aspect hautement politique du «tribunal» ressort de l’analyse de Robert Malley, Directeur de l’International Crisis Groupe, et de Peter Harling, Consultant à l’International Crisis Groupe : «Vu des Etats-Unis, le Liban est une pièce sur un échiquier à dimension régionale; la partie qui s’y joue vise à affaiblir un axe Hezbollah-Syrie-Iran» (Le Monde du 02 juin 2007). Pour ces analystes : «La France notamment semble aveugle. (…) La France, qui semble foncer tête baissée vers la confrontation».

Actuellement, l’armée libanaise bombarde à l’arme lourde le camp palestinien de Nahr el Bared dont la superficie est de 2 km2. Les groupuscules fondamentalistes Asbat al- Ansar et Jund al-Sham du camp Aïn Héloué attendent, peut-être, leur tour. L’armée israélienne met la bande de Gaza à feu et à sang et des opérations clandestines américaines, contraires aux traités internationaux, se déroulent fréquemment au Sud- Est et à l’Ouest de l’Iran.

Le Moyen-orient est sous pression et les réactions de défense contre l’ingérence des puissances colonialistes occidentales se multiplient. La région, transformée en poudrière, est prête à exploser à tout instant.

Le Moyen-Orient n’est pas les Balkans et vouloir le soumettre (il s’agit bien du Moyen-Orient, en commençant par le Liban) par un «tribunal» à caractère international aux ordres des puissances colonialistes occidentales, par des actes de sabotage dans des pays souverains ou par des assassinats ciblés et des blocages de territoires, c’est faire preuve, une fois de plus, d’une méconnaissance de la région, lourde de conséquences.